Les chroniques quotidiennes d'une chômeuse à Paris
12 Mars 2013
Ou comment mon canapé m'a fait perdre toute confiance en moi ....
Ça y est, enfin! au bout de 8 mois de recherche laborieuse, un employeur m'a enfin dit oui. Je n'en revenais pas, pourquoi moi ? pourquoi lui ? seule la suite des épisodes nous le dira, toujours est -il que c'est bon je commence demain.
Passée la période euphorique d'une journée ou j'ai appelé toutes mes copines pour leur annoncer la bonne nouvelle, depuis, une boule d'angoisse me plie le ventre en 4. C'est comme si au final, c'était le début d'un scénario catastrophe. Non pas que je ne sois pas heureuse, je le suis, mais j'ai bien dû mal à montrer ma joie. La faute à qui ? je vous le donne en mille : à mon canapé.
Poussée à l'inactivité,on a connu tous les deux, plusieurs phases. La première : je t'aime moi non plus. Sortie d'un cdd de 6 mois, j'avais complètement oublié de vivre avec lui. Toujours en train de courir entre le boulot, les amis, la famille et le reste j'avais occulté son existence Alors quand il a fallut qu'on co-habite toute la journée, ça n'a pas été simple, je prenais tout simplement la fuite pour ne pas nous retrouver en tête à tête.
Avec l'arrivée de l'automne et des journées pluvieuses, on est passé en phase cooconing : je n'ai pas envie d'être là, mais comme je ne peux plus aller me balader, il va falloir trouver un terrain d'entente. En hiver, c’était le meilleur ami de mes soirées et de mes journées, d'où la difficulté aujourd'hui de le quitter. Non pas que je n'ai pas envie de retrouver une vie active, loin de là, mais j'ai l'impression de perdre mon meilleur ami, mon refuge, celui avec lequel je ne me mets pas en danger. Il est après tout confortable et ne me déçois jamais, ce qui est loin d'être le cas avec ma vie professionnelle. A force de me tourmenter sur le pourquoi du comment je ne trouve pas du boulot, j'ai perdu, j'en ai peur toute confiance en moi, mon canapé est alors devenu mon meilleur ami. Et puis, il faut bien l'avouer j'ai très bien organisé mes journées d'inactivité entre les sorties, les activités sportives, le ciné. C’était un moyen de survivre, alors pourquoi est -ce si difficile aujourd'hui ? Je comprends à quel point il doit être compliqué pour les chômeurs de longue durée de se remettre à la tache. Il faut une bonne dose de courage pour aller affronter le monde de entreprise quand on en a perdu l'habitude.
Ce qui est drôle, c'est qu'à force, j'aurai dû finir par m'y habituer, j'ai dû signer 15 CDD depuis je suis dans la vie active, et autant du coup ,avec mon canapé. Mais visiblement, casser son rythme, n'a rien de bon, et croyez moi jamais on ne s'y habitue. Quand arrive la fin d'un contrat, on finit par y voir une fatalité, un mauvais coup du destin et on panique à l'idée de devoir refaire amis-amis avec son canapé.
Tout le monde me dit que cela reviens vite, je veux bien le croire car entre les deux heures de transport quotidien et les 8 heures de boulot par jour, on en oublie les remises en question et on finit par accepter. Aujourd'hui j'ai dû mal à quitter mon canapé, mais le plus dur sera certainement de le retrouver. Je n'ai signé qu'un CDD de 3 mois. Il faudra ensuite qu'on ré-apprenne à se ré-apprivoiser.
La vie précaire et ses ruptures de rythme vont décidément devenir l'une de mes grandes spécialités.